2001, odyssée dans le tumultueux monde de Shannon Wright.

Yo,

On me demande souvent comment sont choisis les groupes du label. La première règle est : la musique. La seconde : le groupe ou l’artiste doit tourner et si possible être bon sur scène. La troisième : avoir assez de sous dans la caisse de Vicious pour pouvoir bosser. La quatrième : avoir le moral. Il n’y a donc pas une règle de trois mais un ensemble de facteurs qui font que ça fonctionne ou non. Je parlais de Virago ; là c’était le hasard. J’aime beaucoup le hasard, quand il est heureux bien entendu. Je crois au hasard, à tel point que je peux me faire des films quand il n’y a pas lieu d’être. Mais se faire des films, c’est bien aussi, c’est rêver, c’est avancer, c’est y croire. Et dans ce métier, si l’on n’y croit pas (le matin, le soir, à Noël ou à la Saint GlinGlin), autant en changer. Le hasard, c’est lui qui nous a fait rencontrer Shannon Wright (dont le nouvel album, « Honeybee Girls » sort à la fin du mois, en CD et vinyl). C’était en 2001, nous venions de faire paraître le disque de ABBC, groupe informel composé de Calexico and d’Amor Belhom Duo. Un disque qui n’a pas fonctionné mais que j’aime beaucoup ; fait de bric et de broc avec beaucoup de sincérité. Mais la sincérité ne paye pas beaucoup dans les médias… enfin bon, ça c’est un autre débat….

Bref on sort ABBC ; Calexico que je n’avais jamais rencontré passe à la Nef d’Angoulème. Nous y montons, Amina (notre attachée de prod de l’époque) et moi. On leur file le disque, on discute un poil, pas beaucoup c’est vrai, vu que mon fort c’est justement de ne pas être super doué dans les relations publics (ça aussi c’est un autre problème… à la fin, je fais la note et je l’envoie à la Sécu ; tout ce que je vais cracher dans ce blog, c’est autant d’heures de psy d’économisées). Au moment de repartir, quelqu’un ouvre la porte de la salle d’où rugit une voix soutenue par un riff de guitare ; d’en haut, je vois cette fille que je regarde quelques minutes avant de partir. De toutes manières, le lendemain, Calexico est à Paris, la fille avec elle. (j’écris « la fille, n’y voyez aucun sens péjoratif, j’aurais écrit « le gars » s’il s’en avait été un avec pas plus d’à priori). On verra bien puisque j’y monte aussi.

Et le lendemain arriva ce qui devait arriver, dont beaucoup de ceux qui étaient présent ce soir-là se rappelle : une immense claque dans la gueule. Une Shannon Wright survoltée qui parvenait tout autant à crisper qu’à enchanter. L’Elysée Montmartre est véritablement pétrifié, lui qui est venu applaudir les marriachis de Calexico. « Qui est cette fille ? » est sans doute la question que tout le monde se pose le plus. Certains se bouchent les oreilles mais beaucoup sont subjugués, dont moi; Je crois que nous ne comprenons tout simplement rien de ce qui est entrain de se passer ; tout paraît si distordu en même temps si emprunt d’émotions, une émotion à fleur de peau, fragile mais si forte que rien ne l’arrête. Je suis trop loin pour voir son visage, je ne suis pas assez près pour plonger ma tête dans ce son abrasif que j’aime tant. Elle dû jouer 20 minutes, je ne sais plus. Je me rappelle juste qu’après Calexico, ma copine Catimini est venue me voir et l’on s’est mis à parler de cette incroyable première partie. Elle m’a regardé et demandé avec son accent parisien d’Albi : « tu veux que je lui demande en disque ? Je crois avoir répondu « ben euh je sais pas oui peut-être tu crois qu’on peut ? ». Elle est revenue et dans la demi-obscurité d’une salle enfumée qui se vide petit à petit m’a remis le merveilleux « Maps of Tacit ».

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Journée de promotion a gross paris

Dans le train du retour. Le dernier vers Bordeaux, le mortel, quasi 4 heures avec, à partir de Poitiers, des wagons aux trois-quarts vides. En promo avec Shannon Wright qui a débarqué dimanche et repart jeudi. Je l’ai laissée avec Guillaume, notre promo man. Trois jours durant j’ai trimballé sa guitare acoustique, j’avais l’impression d’être un musicien. Toute la journée dans le métro, les rues bruyantes, les ascenseurs étroits et les trop longs escaliers. Finalement je préfère mon ordi même si c’est moins sexy. Mais outre le fait de passer de longues heures avec quelqu’un que j’apprécie et vois si peu, j’ai goûté ces quelques minutes dans le studio de France Culture lorsque, lundi soir, elle a joué le merveilleux « Avalanche » sur ce si beau piano, à trois mètres seulement de moi. C’était si beau… Alors le train, pour cette fois-ci, ça ira.

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Vive le stickage.

vive le stickage

Vous l’avez remarqué, tous les disques en magasin ont un sticker vantant plus ou moins habilement la nouvelle nouvelle nouvelle révélation de la journée. A Vicious, ces stickers sont posés à la main le plus souvent et non en usine. Ce vendredi 4 était donc un jour de stickage. Les stickers étant arrivés à la bourre, nous avions 2 heures pour en poser 4 000, d’où la réquisition de toutes les équipes, dans la joie et la bonne humeur bien entendu. Et nous y sommes parvenu et les disques sont bien partis au stock de Discograph, notre distributeur. Le nouvel album de Shannon Wright devrait donc être dans les bacs à temps.

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C’était il y a quasi 10 ans chez Vicious et ça revient le 22 septembre. Incroyable.

Bonjour,
Ce qui m’a aussi convaincu de faire un blog c’est quand j’ai découvert que VIRAGO se reformait pour une date exceptionnelle le 22 septembre prochain à Paris / Nouveau Casino. VIRAGO est un groupe grenoblois rencontré par hasard en 1996 ou 97 je crois (il va falloir s’habituer aux approximations de dates, ce n’est pas quelque chose qui me passionne). Hier comme aujourd’hui, Vicious Circle le label pouvait continuer ses activités car soutenus par la branche « pressage de disques ». Reverberation (c’est son nom) officie toujours et je ne peux que vous inciter à nous consulter si vous avez un projet de CD, DVD ou vinyl (www.reverberation.fr). A l’époque, nous recevions des cassettes DAT, sorte de cassettes audio mais en qualité numérique. Avant l’envoi à l’usine de pressage, nous devions vérifier que les index étaient bien posés (un index, c’est ce qui signale au lecteur CD le départ du morceau n°1, n°2, etc…).
Je reçois donc un jour un maxi à fabriquer. Je mets la DAT master en lecture et là : waow !! Un son qui arrache, comme j’aime, une voix tout à la fois pleine d’émotions et d’énergie, parfois fébrile, souvent rageuse. Une basse anguleuse, une batterie à l’attaque et une guitare bulldozer. Et, c’est à noter, des textes en français d’une poésie rock rare. C’est à signaler parce j’ai toujours eu beaucoup de mal avec le chant en français. C’est ainsi, il ne me parait pas naturel sur le rock. Encore qu’en vieillisant… Mais bon, en 96, ces quelques titres seront pour moi une véritable révélation et 13 années plus tard, je considère toujours que Virago fut un grand groupe, novateur et talentueux, sans doute trop en avance sur son temps… En 96, les guitares ne faisaient pas bander grand monde, l’heure était à l’électro et les groupes français beaucoup sous-estimés par les médias, ce qui a quand même un peu changé maintenant.
Bref Virago en concert à Paris le 22 septembre prochain. Je ne sais s’il s’agit là d’un « one shot » ou d’un galop d’essai. Mais je ne peux que vous conseiller de jeter une oreille sur leurs deux albums.

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Intro

Tout d’abord je me présente : Philippe Couderc, la quarantaine passée de deux ans, Taureau sans aile, fondateur de ce modeste label en avril 1993 ce qui ne rajeunit personne et on s’en moque pas mal. Il y a longtemps que je me dis qu’il y a beaucoup de petites choses à raconter sur la vie d’un label, ne serait-ce que pour lever certains fantasmes. Et puis donner parfois aux fans l’impression (car ce n’est jamais qu’une impression) qu’ils peuvent se rapprocher un peu plus de leur artiste favori, surtout quand ledit artiste paraît inaccessible. Et c’est ce bon vieux Kim qui l’été dernier, en lisant son blog, m’a donné envie de m’y mettre. Un an plus tard, passons à l’action, sans vraiment savoir combien de temps tout cela tiendra mais qu’importe… Pourvu que cela puisse intéresser quelqu’un… Et puis même, au moins y aurais-je pris du plaisir.

Alors, bon. Vicious Circle est donc né un jour de printemps 1993. Il faudra bien que je raconte comment. Pour l’heure, l’été est là qui s’allonge ; j’adore bosser au mois d’août, le mois le plus calme de l’année, le seul qui me permette de trier autant que faire se peut mes papiers, d’écouter des démos en pagaille et de répondre, de ranger en espérant que le nouvel ordre de mon bureau (qui ressemble parfois à ce que peut donner un bureau après l’explosion d’une bombe ou le passage des Puppetmastaz ; sans doute un jour on mettra ici une photo…) tienne jusqu’à Noël. Enfin, les gens sont souvent épouvantés bien qu’ils restent très polis mais j’avoue que je m’en moque. Comme je dis souvent, rien ne se perd, tout s’égare. Et de fait il y a peu de choses que je ne retrouve pas mais je ne peux nier qu’il s’écoule parfois de longs jours ou semaines suivant le degré d’importance du truc que je dois retrouver. C’est ainsi depuis longtemps et rien ne changera ; chacun sa manière de fonctionner. Mais il faut quand même remarquer qu’entre le garage que nous occupions il y a dix ans et maintenant, il y a forcément eu du progrès sans quoi il aurait été impossible de développer ce label. Mais ok j’avoue que parfois, il serait plus simple pour tout le monde que tout soit mieux organisé dans mes papiers. Les papiers c’est quand même l’un des trucs le pire que l’homme ait inventé ; je m’y noie plusieurs fois par an. Mais un jour, mon rêve se réalisera j’en suis quasi certain ; un jour donc je serais vraiment, seulement, complètement, à 100%  ce qu’on appelle Directeur Artistique ; un jour j’oublierais tous ces papiers et n’écouterais que de la musique, all day long…

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