Il y a de quoi se décourager. Quand on tient à bout de bras un label comme Vicious, et nous sommes nombreux dans ce cas, dont la passion guide chacun de nos actes, le désormais éternel et poussiéreux débat autour d’Hadopi n’incite pas à l’optimiste, d’autant plus qu’il est chaque jour de plus en plus difficile de vendre du disque. Nous sommes en fait dans la pire des configurations possibles, à savoir une chute sans fin des ventes de disques physiques, une stagnation des ventes numériques et une vision purement égoïste des grandes maisons de disque qui ne réfléchissent qu’en terme de rentabilité et de parts de marché. Voire de marché tout court avec des accords exclusifs avec tel ou tel tuyau qui, de fait, exclut les autres producteurs.
Avec, qui plus est, une enseigne nationale qui se retire petit à petit du culturel qu’elle a tenté (et réussi sur le disque) d’annexer et aujourd’hui, tout est en place pour constater (ce n’est pas moi qui le dit, c’est plus un bruit insistant car il en arrange certains) que « les gens » ne veulent plus payer pour de la musique alors qu’ils en « consomment » comme jamais. Y compris des musiques indies. Le soucis, c’est que la notion même de création musicale est aujourd’hui menacée et l’on fait croire « aux gens » qu’ils peuvent tout faire par eux-mêmes, qu’un producteur de disques ne sert plus à rien -alors que c’est un métier, un véritable métier, honorable qui plus est- et que le public peut tout décider.
Personnellement je ne crois absolument pas à cela. Il y aura toujours des cas exceptionnels mais cela ne deviendra jamais la généralité tout simplement parce qu’on ne s’improvise pas auto-producteur de disque, qu’il ne suffit pas d’avoir 5 000 amis sur Myspace pour croire qu’on fait de la promo et qu’on va pouvoir trouver des dates de concerts. Alors, à moins de se mettre à poil en direct, ou s’habiller en cochons de l’espace, il n’y a guère de place pour ces artistes qui ne se reconnaissent pas dans la musique-spectacle et qui composent et jouent ces musiques qui nous enchantent. il n’y a plus de place pour les jeunes artistes dont on peut sentir les qualités mais qui ont besoin de temps pour apprendre, pour affirmer leur personnalité et développer leur art. Et c’est bien ce qui me chagrine le plus.Par « plus de place », j’entends dans les médias traditionnels (souvent à courir après la next big thing) ou dans les bacs des disquaires. Dans le coeur du public, oui, encore, mais plus vraiment dans leur portefeuille…
Mais nous ne sommes pas encore mort et de cadavre il n’y a encore pas. Qu’on se le dise !
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